Interagir avec son environnement pour une personne malentendante – Etat de l’art

Envoyé par le 14 Oct 2020

Groupe : Pierre Dugast, Vincent Guillon, Arthur Pilette et Raphaël Voyer

Introduction

Dans une société qui se veut de plus en plus inclusive et connectée, la vie des personnes handicapées ne cesse d’évoluer pour le mieux. Quel que soit notre âge, nous sommes tous amenés à rencontrer à minima des personnes en situation de handicap auditif. De naissance, par accident ou lié à la vieillesse, les troubles de l’audition touchent plus de 5 millions de personnes en France métropolitaine.

Cet handicap physique, bien qu’invisible, est indispensable dans le monde de l’enseignement, de la culture mais surtout dans le monde de tous les jours. De ce fait, au fur et à mesure que les technologies évoluent et peuvent être déployées, la condition des personnes malentendantes n’en finit pas d’aller de l’avant et de s’immiscer dans les débats de société. Ce seront notamment grâce aux associations que des réglementations au niveau mondial et national iront dans le sens d’un accès à la culture pour tous les types de handicap. Ces réglementations permettront notamment de faire reculer le sentiment d’inégalité et de rendre la culture et l’enseignement accessible à tous. C’est dans cet objectif d’égalité des chances et d’accès aux technologies pour les personnes malentendantes que se focalise notre projet de conception d’objets communicants pour notre thématique d’approfondissement de 3ème année d’école d’ingénieur.

Dans cet article, nous aborderons dans un premier temps en quoi consiste le handicap auditif et les objets communicants. Nous verrons dans un second temps les problématiques que nous pouvons relever face à ces sujets. Dans un troisième temps, nous établirons un état des lieux des objets communicants existants dans le monde de l’audition.

Mise en contexte

Les malentendants

De manière générique, nous utilisons le terme de déficient auditif pour définir les personnes sourdes et malentendantes. Les personnes sourdes sont principalement nées avec une incapacité à percevoir les sons ou ayant perdu l’audition avant l’apprentissage de la parole. Elles s’opposent aux personnes malentendantes qui ont perdu l’audition ou qui ont subi une dégradation de leur capacité auditive à cause d’un accident, une écoute de musique trop violente ou tout simplement avec l’âge.

Lorsque l’on parle de déficient auditif, on parle bien évidemment de trouble de l’audition. C’est un handicap qui touche plus de 7% des personnes en France et qui comprend une partie non négligeable de la population.

Une personne malentendante peut choisir, en fonction de la gravité de sa déficience, de se faire poser un implant que l’on appelle implant cochléaire ou de simplement opter pour un appareil auditif classique. Ces solutions ont pour intérêt premier d’améliorer les conditions de vie des personnes mais également de conserver les liens sociaux.

Les objets communicants

Les objets communicants ou objets connectés font partie intégrante de nos vies depuis plus de 30 ans mais cela ne fait que quelques années, avec l’essor de l’internet accessible au grand public, que ceux-ci ne cessent de se démocratiser. Avec l’arrivé en 2007 du premier IPhone, les objets connectés s’immiscent de plus en plus dans nos vies de tous les jours.

Les objets communicants sont des objets qui sont reliés à Internet de manière filaire ou radio. Ils peuvent communiquer avec d’autres objets connectés à travers Internet. On va ainsi retrouver les smartphones, les smart TV, les ordinateurs, les montres et même les voitures. De nombreuses technologies mobiles sont utilisées par les objets pour communiquer à plus ou moins grandes distances. Pour les plus célèbres, on va retrouver le réseau mobile et ses multiples générations, le WiFi, le Bluetooth, le NFC ou bien les réseaux LoRa.

Avec les avancées technologiques grandissantes, leurs domaines d’application ne cessent de s’étendre. De l’agriculture à la médecine, de l’éducation à l’artisanat, les objets connectés ont brisé le plafond de verre qui séparait le secteur du numérique avec les autres industries. En s’installant dans leurs pratiques quotidiennes, ces objets sont voués à continuer de faire évoluer les savoirs faire et les savoir être pour le meilleur comme pour le pire.

Comme avec toute démocratisation, la conception et l’industrialisation d’objets connectés essuient des dérives et modifient le comportement des utilisateurs. Cela va de pair avec les révolutions industrielle ou technologique. L’Homme va savoir exploiter au maximum de son potentiel ce qu’il a été en mesure de concevoir. De plus, dans un système économique d’échanges mondialisés et de pure consommation, la conception d’objets « gadgets » ne sonne plus en phase avec les besoins et restrictions auxquels la société se confrontent actuellement. Pour optimiser les ressources matérielles et énergétiques, les utilisateurs doivent réapprendre à consommer et les ingénieurs doivent réapprendre à concevoir les technologies en respectant les besoins actuels. Nous devons donc penser  nos objets en tant qu’objet utile, utilisable, durable et environnemental.

Avec les avancées significatives dans l’accès à internet et aux différentes technologies ces dernières années, nous pouvons parler de démocratisation des objets connectés. Ils sont désormais accessibles par tous mais surtout concevable par tous. Avec les Arduino et Raspberry que l’on ne présente plus, une nouvelle étape a été franchie vers la conception d’objets connectés par le grand public. Ces outils ont permis aux personnes de connecter eux-mêmes leurs équipements et de les rendre acteurs de la révolution technologique.

Problématisation

Dans un premier temps, nous nous étions centrés sur la connexion des appareils auditifs aux différents appareils numériques tels que la télévision, le smartphone ou des enceintes. Après quelques recherches, nous nous sommes rendus compte que ce type de solution existait déjà. Nous nous sommes alors penchés sur la question de l’accès aux établissements culturels pour les personnes malentendantes. Cela nous a amené à nous poser les questions suivantes :

  • Comment permettre aux personnes malentendantes d’interagir facilement dans leur environnement numérique ?
  • Comment améliorer l’accès des personnes malentendantes aux lieux culturels ?
  • Comment conserver les liens sociaux des personnes malentendantes ?
  • Comment permettre aux jeunes malentendants de suivre un apprentissage dans des conditions classiques sans être stigmatisé ?

Étude de l’existant

Accessibilité des établissements culturels pour les personnes malentendantes

L’accès à l’information et à la culture par tous est une vraie question qui se pose, par exemple dans les musées ou cinéma. Les expositions doivent être pensées pour permettre aux personnes en situation de déficience auditive d’avoir accès au contenu proposé par le musée ou bien le cinéma.

Pour les personnes malentendantes, il existe le système de boucle d’induction magnétique. C’est un système qui permet de capter et d’amplifier le son par induction magnétique. Cela consiste à relier un fil à l’appareil audio à amplifier : micro, sonorisation, etc. Ce fil transforme le son en onde électromagnétique. Ensuite le son est récupéré par un dispositif porté par la personne malentendante. Ce dispositif transforme alors l’onde électromagnétique en onde sonore. Ce dispositif peut prendre plusieurs formes :

  • Appareil auditif ou audioprothèse : prothèse auditive qui a pour objectif de compenser une perte partielle de l’audition
  • Implant cochléaire : Type de prothèse auditive qui stimule directement et électriquement le nerf auditif par le biais d’une ou deux électrodes placées dans la cochlée. Il est utilisé lorsque l’oreille interne est trop altérée.
  • Casque audio ou audioguide fourni par l’établissement culturel

 

L’oreille barrée correspond à l’accueil pour sourds et malentendants et l’oreille barrée avec un T indique la présence d’une boucle d’induction magnétique en plus de l’accueil des personnes sourdes et malentendantes.

Pour un appareil ou implant, le récepteur amplifie le signal reçu qui peut provenir, par exemple, d’une source audio ou bien d’un guide. Ce système présente plusieurs avantages :

  • Le son transmis est dépourvu de bruits de fonds ou d’échos
  • Les paroles sont plus intelligibles
  • Le système est peu gourmand en énergie

Au niveau des désavantages, on peut relever un manque d’uniformité du champ magnétique, on entendra mieux en périphérie de la surface de la boucle. Le système peut être perturbé par d’autres champs électromagnétiques.

Avec l’arrivée de technologies telles que le Bluetooth, on peut se demander si le système n’est pas dépassé techniquement. Bien que le Bluetooth réponde à de nombreux besoins personnels du quotidien : téléphone, télévision, enceinte, etc. Il n’apporte rien face à la boucle magnétique sur le plan collectif, en plus d’être beaucoup consommateur en énergie. La boucle d’induction magnétique reste donc toujours d’actualité.

D’autre part, pour les personnes sourdes et pratiquant la langue des signes, les musées proposent parfois des applications de Visio guidage en langue des signes pour les personnes ne maîtrisant pas la lecture.

Accessibilité lors de l’interaction avec les appareils numériques dans la vie de tous les jours

Avec l’avènement des nouvelles technologies, les appareils numériques sont de plus en présents : ordinateur, smartphone, télévisions, etc.

Nous nous sommes demandés si les aides auditives proposées aux personnes malentendantes sont adaptées à l’usage de ces sources sonores. En effet, nous avons par exemple pu constater que les personnes appareillées avaient tout de même des difficultés à comprendre une conversation téléphonique. Nous avons émis l’hypothèse qu’une connexion directe sans fil entre la source audio et l’appareil auditif serait une piste intéressante. Cela aurait pour effet d’offrir une meilleure qualité audio et un flux plus clair pour les porteurs d’appareils, notamment pour les appels téléphoniques.

Après des recherches, nous avons constaté que de tels dispositifs existaient déjà. Aujourd’hui, de nombreuses aides auditives tirent parti de la technologie Bluetooth pour communiquer directement avec n’importe quelle source audio. De plus, certains constructeurs proposent également le contrôle des aides auditives via une application sur smartphone.

Cependant, la bande passante des appareils auditifs est limitée à 150-10 000 Hz pour des raisons de tailles, consommation et vitesse de calcul. Une enceinte délivre une fréquence équivalente à celle de l’oreille humaine, c’est-à-dire 20-20 000 Hz. La qualité sonore ressentie par l’utilisateur d’aide auditive sera donc moindre dans le cas d’écoute de musique par exemple.

Conclusion

Le sujet du handicap est un sujet qui continue d’avancer chaque année et nous devons nous efforcer de faire en sorte que cela continu. En tant que futur ingénieur, nous devons être capable d’identifier les véritables enjeux et besoins de la société pour porter un sens à son travail.

À travers ces recherches et l’état de l’art, nous avons pu faire évoluer notre vision initiale du projet et l’adapter à l’existant. Cela nous a amené à mettre en avant d’autres problématiques liées à ce handicap précis.

La phase d’entretien que nous allons réaliser nous permettra peut-être de remettre en cause nos hypothèses actuelles ou de faire émerger des problématiques dont nous n’avons pas connaissances. Cette étape est fondamentale dans le processus d’un projet pour s’assurer que l’objet réponde bien aux besoins des utilisateurs.

Sources

[1] F. Milicchio et M. Prosperi, « Accessible Tourism for the Deaf via Mobile Apps », in Proceedings of the 9th ACM International Conference on PErvasive Technologies Related to Assistive Environments, New York, NY, USA, juin 2016, p. 1–7, doi: 10.1145/2910674.2910694.

[2] « Boucle magnétique ». http://www.oreilleetvie.org/accessibilite/les-boucles-magnetiques/.

[3] « Culture et Handicap, que dit la loi ? », La Possible Echappée, juin 08, 2017. http://www.la-possible-echappee.fr/2017/06/08/culture-et-handicap-que-dit-la-loi/ (consulté le oct. 05, 2020).

[4] D. Ouafia et F. Hanane, « Etude et réalisation d’une prothèse auditive numérique », Thesis, Université Mouloud Mammeri, 2015.

[5] « handicap auditif ». https://www.tourisme-handicaps.org/site/assets/files/1016/handicap_auditif_mars_2020_1.pdf.

[6] F. Victor Tochon et Y. Liao, « Inclusion des étudiants malentendants dans les classes de langue étrangère : récits d’expériences », Recherches & éducations, no 14, Art. no 14, oct. 2015, doi: 10.4000/rechercheseducations.2377.

[7] « La signalétique de l’oreille barrée – Bucodes SurdiFrance ». https://surdifrance.org/info-par-theme/accessibilite/240-signaletique-handicap-auditif (consulté le oct. 08, 2020).

[8] « Les prothèses auditives Bluetooth, quel intérêt ? » https://www.laboratoires-unisson.com/faq/technique/les-protheses-auditives-bluetooth.html (consulté le oct. 08, 2020).

[9] E. Lisney, J. P. Bowen, K. Hearn, et M. Zedda, « Museums and Technology: Being Inclusive Helps Accessibility for All », Curator: The Museum Journal, vol. 56, no 3, p. 353‑361, 2013, doi: 10.1111/cura.12034.

[10] « Objets Connectés – Toute leur histoire par Connect Object », Connect-object : Le blog de référence des objets connectés, févr. 09, 2015. https://www.connect-object.com/histoire-des-objets-connectes/ (consulté le oct. 06, 2020).

[11] M. Hénault-Tessier, T. Christophe, et N. Negrel, « Sourds et malentendants comme publics de la musique. Le statut ambigu des technologies numériques dans une démarche d’accessibilité », tic&société, no Vol. 12, N° 2, Art. no Vol. 12, N° 2, déc. 2018, doi: 10.4000/ticetsociete.2877.

[12] H. Chatterjee, Touch in Museums: Policy and Practice in Object Handling. Routledge, 2020.

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